Post-Eire - Rituel quotidien.
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Mardi 19 Avril

categories Rituel quotidien. [22h27] Rituel quotidien.

/images/keys.jpgQuelques dizaines de mtres avant d'arriver, je sors dj mes clefs, comme si cet acte allait me rapprocher un peu plus rapidement de ma destination. Lourde porte vitre, bote aux lettres, ascenseur, palier, porte d'entre.

L'odeur habituelle et rassurante de l'appartement m'envahit. Je dverse porte-feuille, papiers et petite monnaie sur la table du salon. Elle est l, tasse sur le canap, genoux replis, serrs contre sa poitrine, soufflant sur sa tasse de th bien cale entre ses mains, comme si ce recipient avait t model pour occuper exactement l'espace restant entre son menton et ses cuisses. Le fait qu'elle soit toujours en robe de chambre alors qu'il est 19 heures pass, m'indique clairement qu'elle ne se doute mme pas de la temprature extrieure.

Son regard est fix sur la tl, pas mme une pupille dans ma direction, c'est desormais vident. Elle fait la gueule.

Sans grande conviction, je passe alors rapidement en revue les lments en ma possession afin de trouver l'objet du dlit. En vain, naturellement.

J'ose alors une approche et m'avance alors, faussant le naturel :

- Bonsoir !

- Bonsoir ...

Ok, la messe est dite, il y a un abcs vider ce soir.

- Ca va ?

- Ca va ...

Bon. Le signal est clair. Feinter l'ignorance maintenant serait jubilatoire pour l'orgueil mais inutile dans l'objectif de sauver la soire. Il s'avre cependant que je n'ai jamais aim jou ce jeu trs fminin du "Je-fais-la-gueule, -si-tu-sais-pas-pourquoi-t'as-qu'-chercher, -parce-que-pour-moi-c'est-vident, -mais-j'ai-pas-envie-de-te-le-dire".

Je dresse tout d'abord le tableau de sa journe. Seule dans l'appartement rviser, il semble vident qu'elle a marin un truc pas net. Tout juste si elle ne m'en a pas voulu pour le simple fait que je sois sorti alors qu'elle restait la maison. Comme si passer 8 heures de ma journe devant un cran tenter de matriser un client en bulition me rjoussait. Il semble pourtant clair que n'importe quel pretexte a d faire l'affaire aujourd'hui : Promesse de coup de fil non tenue, cafetire pas nettoye ce matin, lunette des WC non rabattue ou simplement une de mes phrases de la veille sortie du contexte et remodele afin de la transformer en motif valable.

J'abandonne avant mme d'avoir commenc et tente lchement une approche crapuleuse de rafale de chatouilles. Echec total, griffure, et pire un "Arrtes, tu me fais mal !" on ne peut plus clair.

S'en suit alors une bonne demie heure de gentillesses et courbettes en tout genre tentant ainsi de me rattraper d'une faute que j'ignore. Travail de fond ayant comme rsultat un sourire demi-effac, mais un sourire quand mme.

Je m'enfonce alors dans la brche en brodant quelques ragots du boulot et du voisinage, appuyant ainsi sur le point faible du commrage qui s'avre trs efficace.

Aprs quelques rires de moins en moins esquisss, je tente la touche de tendresse en reposant ma tte sur ses jambes maintenant dtendues. Mais elle me repousse, se relve brusquement, se tint entre la tl et moi, immobile, me fixant droit dans les yeux avec ce regard de chipie qui ne s'est pas assez dfoule aujourd'hui. Elle sourit, fait mine de partir et au dernier moment, relve sa robe de chambre, dvoilant ainsi l'espace d'une seconde, une paire de fesses nues, puis court vers la chambre en riant...

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Ce soir, rien de tout a. Je rentre dans un appartement vide, personne pour m'attendre, et tous les objets que j'avais disposs a et l dans l'espoir de les voir se ranger tout seul pendant mon absence sont rests dsesprement immobiles.

Aucune surprise, aucun signe, juste quelques lignes pour tenter de dcrire ce qu'une soire idale peut avoir de banal lorsqu'on la vit au prsent...



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